Espoir (Nouvelle)

Ecrit par Kari Aurora dans la nuit du 07/07/15

“Cinq mille à ma droite,” annonce l’homme, et mes yeux tombent sur la liasse de billets froissés dans mes mains. Tous les regards semblent être posés sur moi, attendant ma réponse. Si je ne renchérit pas, personne ne le fera, c’est certain : seul moi, l’homme en costume à ma gauche, et le "commissaire-priseur », un gamin avec à peine un duvet au menton, avons réussi à rejoindre le rendez-vous sous couvert de la nuit, et à les éviter.

Les prêtres et les textes nous avaient prévenus qu’ils viendraient. Les cavaliers, et l’armée des morts, et les démons à leur suite. Ils ne nous avaient pas dit que quand ils enfonceraient nos portes et terrifieraient nos enfants, ils ne viendraient pas pour nos âmes, mais pour nos armes.

Quelques semaines, c’est tout ce qu’il leur a fallu. Quelques semaines pour faire disparaître tout espoir de résistance, pour l’assurance que quoi qu’ils fassent de nous, quoi qu’ils nous fassent subir, que nous soyons complètement, désespérément impuissants. Quelques semaines pour nous prendre toutes nos armes.

« Presque toutes nos armes, » je murmure alors que mes yeux se posent sur le fusil de chasse appuyé contre le mur juste devant moi. Frénétiquement, je compte mes économies pour la énième fois, et avec chaque billet je repense à ma femme, qui a travaillé si longtemps et si tard, à mes enfants, qui ont économisé sur leur argent de poche pour nous faire la surprise d’un billet de cent dollars au dernier moment. Je serre le poing, et annonce mon dernier prix.

« Cinq mille sept cents

- Sept mille. » Il n’a même pas hésité une seconde.

« A ma droite, sept mille dollars. Une fois, deux fois, trois fois, adjugé. »

Je ne réfléchis pas. Je me jette sur le fusil, avec une demi seconde d’avance sur l’homme au costume. Je sens, comme au travers d’un brouillard, son pied frapper ma jambe. Je titube, le pousse avec la paume de ma main. En un éclair, j’agrippe le fusil, je pointe, et le coup part.

Il tombe, et j’ai du sang dans l’œil. Je vois à peine le gamin apeuré. Je crois que j’ai jeté mon argent à ses pieds avant de commencer à courir, serrant le fusil contre ma poitrine.

J’espère que j’aurai le courage de rentrer chez moi.

Espoir (Nouvelle)

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